BIVOUAC

L’histoire d’une création

C’était sur un tournage en 2019, à San Diego, que le directeur artistique du collectif OVNI découvre le travail de l’artiste Tony Tinag, performeur décalé issu de la scène alternative hollywoodienne. Tony, ayant déjà entamé un processus de conversion écologique profonde, se lance en ce moment dans son nouveau projet artistique, le projet « BIVOUAC ». A la fois acte de contestation, à la fois projet de ressourcement spirituel, BIVOUAC est conçu au départ comme une performance « transmédia » : par le biais de une présence forte sur les réseaux sociaux, Tony veux mettre en scène sa propre expérience d’endurance, ainsi que sa « traversée du désert » qui donnera sans doute lieu à, selon lui, la création d’un gesamtkunstwerk, ou « Œuvre d’art total ».

Heureusement cette rencontre fortuite entre Tony et l’équipe artistique d’OVNI est riche d’échanges fructueux. Le projet se met rapidement à évoluer. En février 2020, le collectif accueille Tony Tinag en France, dans le cadre d’une résidence de création « Artistes au Collège » financée par le Conseil Départemental du Gard. Au fil de rencontres entre les artistes et les élèves du collège La Galaberte, les habitants de Saint-Hippolyte-du-Fort et de la Communauté des Communes du Piémont Cévenol, BIVOUAC se transforme en véritable projet de territoire.

Du Piémont Cévenol au Pic Saint-Loup, le BIVOUAC de Tony Tinag ne cesse d’évoluer. Sa résidence en France, censé au départ ne durer que quelques mois, se voit prolongé. De nouveaux partenaires s’attachent au projet : La Saison Artistique de Melando, Artcena, la SACD, la DGCA, la Région Occitanie… le collectif peut maintenant apporter à Tony les moyens de réaliser son rêve.

PHASE 2 (d’avril à septembre 2021) :

Résidence de territoire dans le Pic Saint-Loup (34) ;
Écriture et création d’une maquette.

Il s’agit d’une œuvre habitant les domaines croisés de nouvelles écritures et de spectacle vivant.

Une expérience interactive qui s’empare d’un territoire tout entier, le projet s’étale sur un temps long afin de raconter l’histoire d’un homme en immersion dans la nature.

En tant que performance, BIVOUAC cherche à faire résonner la connexion intense que certaines personnes arrivent parfois à créer avec le monde sauvage. En tant que spectacle, il cherche à transformer le territoire en espace de narration. Enfin, en tant que projet collaboratif, il braque un regard intense sur ce territoire local, à savoir le pays du Pic Saint-Loup et la vaste espace naturel adjacent de l’Hortus.

BIVOUAC nous amène à sortir de la ville, à abandonner les zones aménagées et à nous rendre dans des lieux à priori sauvages, c’est-à-dire des lieux où notre dominance en tant qu’espèce n’est pas matérialisée, où notre confort et même notre survie ne sont pas prioritaires.

Afin d’obtenir cette diversité au sein de notre public, nous expérimentons différents protocoles de convocation : sa forme classique où le spectacle apparaît dans le programme d’un théâtre ou d’un festival, donnant rendez-vous à un public averti, mais aussi d’autres formes telles que les rendez-vous proposés aux habitants en amont des premières représentations, ouvrant la voie à d’autres « parcours du spectateur ». Il peut aussi exister encore d’autres « portes d’entrée » à l’expérience, d’autres façons d’accéder au spectacle, et la recherche de ces formes de convocation est un terrain qui nous intéresse particulièrement.

Par exemple, nous avons envie d’interpeller des publics totalement non avertis, et de les faire entrer dans l’expérience d’une manière inopinée. Pour ce faire, nous expérimentons avec des indices apparaissant hors contexte et des éléments de l’histoire qui se présentent comme faisant partie de la réalité. Un article de presse ou une petite annonce intrigante (avec numéro de téléphone inclus) peuvent suffire à interpeller certaines personnes. Un forum de discussion sur le web, rempli de références à l’histoire et avec des liens vers d’autres sites et d’autres indices, peut en interpeller d’autres. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux racontent une petite partie de l’histoire. Elles mettent aussi le doute : s’agit-il d’une fiction ou d’une histoire vraie ? Toutes ces façons d’interpeller un public non averti jouent avec la frontière entre réalité et fiction, en l’estompant ou en l’effaçant complètement. Les publics rentrant ainsi dans l’histoire ont la sensation de tomber en quelque sorte dans un terrier de lapin. Ils se trouvent transportés, comme Alice aux pays de merveilles, dans un autre monde.

Cette dimension du projet relève de notre approche à l’écriture du spectacle vivant. C’est une approche qui se veut transmédia, issue de la pratique de « réalité mixte[1] » et de l’ « ARG[2] ». Nous laissons la liberté à notre histoire de s’exprimer sur tous les médias possibles, et de se répandre avec fluidité sur le territoire[3].

Tester et développer ces différents protocoles de convocation nous sert à constituer un public composé de différents segments, et de croiser ces publics au sein d’un événement à multiples facettes. Lors d’un BIVOUAC, des publics urbains côtoient des publics ruraux. Des habitants de longue date du territoire côtoient des nouveaux arrivés. Se côtoient aussi des chasseurs et des randonneurs, des locaux et des touristes, des scouts et des naturistes. Chacun de ces publics nourrit ses propres relations avec le territoire ainsi que ses propres façons d’habiter la nature. En les croisant dans le cadre d’un événement ludique et festif, nous espérons mettre en place une rencontre insolite capable de favoriser des échanges fructueux et de désamorcer des tensions stériles.


[1] À distinguer de la réalité virtuelle ou de la réalité augmentée, les deux étant dépendants à la présence continue d’un contenu numérique et notamment d’un écran.

[2] De Alternate Reality Game, ou jeux en réalité parallèle.

[3] Un essai sur ce sujet, ayant apparu en octobre 2014 dans la revue « L’irrésistible ascension du transmédia » de l’Agence Régional du Livre de la région PACA, se trouve en annexe de ce dossier.